Agir contre l’effondrement de la biodiversité

Un constat alarmant : un tiers des oiseaux aurait disparu ces quinze dernières années en France.

Chose étonnante, ils disparaissent plus vite de nos campagnes (l’alouette des champs, la fauvette grisette, le chardonneret élégant, le coucou, le milan royal, la perdrix grise…près de 275 espèces seraient touchées) que de nos villes où les espèces généralistes s’adaptent mieux au milieu (le pigeon, la corneille…).

Pourquoi cette baisse inquiétante ?

Le grand responsable selon les chercheurs serait le secteur agricole et l’intensification des pratiques paysannes, avec notamment la fin de l’obligation de mise en jachère des terres, auparavant imposée par la politique agricole commune, mais aussi à la généralisation des pesticides et des néonicotinoïdes, de puissants insecticides.

Le résultat étant l’uniformisation des paysages ruraux, la disparition des haies, des petits bois et des sols nus, la diminution des plantes à fleurs… Les premières victimes de ces profonds changements ont été les insectes : 80% des invertébrés ailés ont été décimés en moins de 30 ans sur le territoire européen.

En conséquence, les oiseaux sont privés de leur nourriture (graines, insectes, petits rongeurs) et de leur habitat. Par exemple, certaines espèces comme l’alouette des près, nichent au sol, mais l’espace est désormais difficile à trouver dans des zones où les champs de céréales sont collés les uns aux autres sur plusieurs hectares.

C’est ce manque de nourriture qui pousse de nombreux oiseaux à migrer au printemps et à l’automne. Mais leur migration est perturbée par les effets du dérèglement climatique, qui est beaucoup plus rapide que la capacité de certaines espèces à s’adapter.

Pour aller plus loin : émission France Inter « La migration des oiseaux et le changement climatique » (30 min)

Face à cela, plusieurs solutions peuvent être envisagées : proposer des subventions pour modifier les pratiques agricoles, imposer des zones de sol libre, faire des fauches alternées pour conserver un habitat minimum aux oiseaux, développer davantage les bandes enherbées des corridors écologiques, lutter contre le lobby des pesticides, soutenir l’agriculture biologique (ça passe également par l’acte d’achat), lutter contre le braconnage des espèces protégées (comme le bruant ortolan) et contre la chasse à l’alouette des champs ou à la perdrix…

Il est essentiel de préserver ou restaurer l’accès aux ressources alimentaires naturelles pour la faune sauvage : fleurs sauvages, arbres fruitiers, arbres morts, etc., sont autant d’éléments nourriciers pour les insectes, les oiseaux, les mammifères…

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Mésange bleue immortalisée par le photographe Mikhail Kalinin.
Le froid a rendu son chant visible !

Accueillir la biodiversité chez soi

Inviter les insectes et les oiseaux dans mon jardin

– Si j’ai la chance d’avoir un extérieur

Je peux laisser pousser les plantes spontanées et diversifier les strates végétales : herbes hautes et fleurs sauvages fournissent pollen et nectar à de nombreux insectes → je laisse des zones d’herbes hautes et de fleurs sauvages

Je conserve le lierre qui pousse naturellement sur mon terrain. En plus d’offrir le « gîte » grâce à son feuillage persistant dense, le lierre possède deux autres vertus : une floraison à une époque tardive de l’année (septembre-octobre) où les sources de pollen et de nectar se font rares, et des fruits en hiver et jusqu’au mois de mars prisés, entre autres, des merles et des fauvettes à tête noire.

– Si la superficie de mon terrain le permet

Je peux planter des arbres fruitiers, à baies ou à graines, en privilégiant des essences locales (poiriers, pommiers, figuiers, églantiers, aubépines, fusains d’Europe, cornouillers sanguins, sorbiers des oiseleurs, sureaux noirs, noyers, noisetiers…) : les végétaux herbacés, buissons, arbustes et arbres abritent une diversité de faune et flore insoupçonnée, constituant tous autant de ressources alimentaires → je plante et préserve des variétés locales d’arbres et d’arbustes. Il existe des essences indigènes spécifiques à chaque territoire. C’est pourquoi il est intéressant de prospecter les pépinières « végétal local » qui pourront me renseigner sur les végétaux les mieux adaptés à mon type de sol et au micro-climat du lieu où ils seront plantés.

Pour aller plus loin : Comment planter une haie champêtre ?

Je peux aussi laisser du bois mort dans mon jardin, quelques fagots, tas de branches, ou une souche morte. Le bois mort, malgré sa désignation, regorge de vie et offre une ressource alimentaire aux insectes (certains ne consommant que du bois mort en décomposition). Si un arbre meurt et qu’il ne pose pas de problème de sécurité, je peux le conserver tel quel. Préserver les plantes ligneuses, mortes ou déperissantes est essentiel dans la nature pour les mousses, les champignons, les insectes, les oiseaux…

– Si je n’ai pas de jardin

Un rebord de fenêtre suffit pour semer un mélange de fleurs nectarifères et pollinifères en jardinière. Depuis plusieurs années, chaque printemps, l’association Agir Pour l’Environnement lance l’opération « Zone de Bzzz ». Grande nouveauté cette année, l’opération se décline tout au long des quatre saisons avec des semis pour le printemps, l’été, l’automne, et des essences d’arbustes locaux pour l’hiver. Reste à l’affût pour le lancement de la prochaine campagne !

Installer mangeoire et abreuvoir

Apporter de la nourriture aux oiseaux pendant l’hiver est un geste simple à faire mais il ne devrait intervenir qu’en complément des actions citées ci-dessus. En aucun cas cet apport ne suffit pour subvenir aux ressources alimentaires nécessaires aux oiseaux et permet juste de les aider pendant des périodes de froid prolongé, notamment durant les épisodes de neige et de gel qui rendent la nourriture inaccessible.

A faire
  • la LPO conseille de poser des mangeoires en hiver, de mi-novembre à fin mars seulement
  • disposer des pains de graisse (sans huile de palme), des cacahuètes non salées non grillées, du maïs concassé et des mélanges de graines adaptés (la graine de tournesol noire restant l’aliment le plus prisé des oiseaux, car très riche en lipides)
  • pas de nourriture sans eau ! l’eau est indispensable été comme hiver pour la petite faune des jardins, une coupelle de faible profondeur type soucoupe de pot de fleur suffit, tu peux ajouter quelques pierres au bord pour permettre aux insectes de sortir de l’eau pour éviter la noyade → je récupère l’eau et dispose des points d’eau pour la faune
  • nettoyer régulièrement les mangeoires avec un solvant doux (savon de Marseille) une fois tous les 10-15 jours environ
  • veiller à installer mangeoire et point d’eau dans un endroit bien dégagé à l’abri des prédateurs (notamment les chats), éviter donc la proximité d’un buisson, d’un muret, ou encore d’une branche latérale…
A ne pas faire
  • acheter des mélanges dits « oiseaux du ciel » des grandes surfaces contenant pois cassé, lentilles, soja
  • donner des restes de repas incluant le pain, les biscottes, les gâteaux, la viande et le poisson, le fromage, le lait… ces aliments ne sont pas adaptés à leur régime alimentaire et peuvent provoquer des maladies
  • ne jamais disposer la nourriture au sol qui favoriserait une dégradation rapide des aliments, la propagation des maladies aviaires et qui attire les rats, eux-aussi vecteurs de maladies
  • ne pas stopper le nourrissage hivernal brutalement au risque de mettre en danger les oiseaux

La nature est une mécanique complexe et il ne suffit malheureusement pas de poser une mangeoire au jardin pour sauver les espèces. Le plus important est de préserver les petits habitats dont elles dépendent : tas de bois, friches, mares, vergers, arbres morts… et plus les petits habitats sont nombreux, plus les espèces qui se montreront seront diversifiées. Il est important de préserver les essences d’arbres et arbustes indigènes, tout comme les couverts herbeux et les haies champêtres : eux aussi sont à la base des chaînes alimentaires. Il ne reste plus qu’à disposer d’une paire de jumelles sous la main pour admirer le spectacle !

On aime ce qui nous a émerveillé, et on protège ce que l’on aime.

Jacques-Yves Cousteau

Mes conseils :

  1. Installe une mangeoire que tu puisses voir depuis l’intérieur de chez toi, ça fera un excellent observatoire !
  2. Télécharge et imprime ce poster qui t’aidera à identifier les espèces qui viennent visiter ton jardin.
  3. Entraîne toi petit à petit à reconnaître les chants d’oiseaux avec ces courtes vidéos « La minute nature »
  4. Télécharge l’application Birdlab, une expérience de sciences participatives associant jeu et observations
  5. Va tester tes nouvelles connaissances en forêt !

Pour aller plus loin :


Hasard du calendrier, alors que je terminais l’écriture de cet article, j’ai eu l’opportunité de participer à un atelier « découverte des oiseaux agricoles » organisé par la LPO Drôme à la Ferme du Grand Laval. Nous avons eu droit à la visite de la ferme pour découvrir les différents aménagements mis en place en faveur de la biodiversité et nous avons observé les différentes espèces d’oiseaux présents sur la ferme. Je vous recommande vivement ce genre de visite très enrichissante !

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